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Rennes en quête d’un service public augmenté
Publié par lionelmyszka
Comment la ville de Rennes tente de se démarquer en mettant les technologies numériques au service du plus grand nombre. Derrière la technologie, une certaine idée du service public, et la passion d’un homme : Hugues Aubin.
Rennes a la réputation d’être la ville de région la plus en pointe dans le domaine des technologies numériques. Une réputation née avec le Minitel, enfant rennais, et qui perdure même si certains estiment que la région s’est un peu endormie sur ses lauriers. Signe des temps, en tous cas, cette place de second au palmarès des villes où l’on twitte le plus en France (après Paris bien entendu).
Parmi les facteurs qui expliquent cette spécificité, un tissu universitaire très actif dans les TIC, la présence d’industries et de laboratoires de pointe dans le domaine, notamment Orange Labs, et puis également un volonté politique. Parmi les artisans de cette politique de diffusion des technologies numériques sur la place publique, Hugues Aubin. Chargé de mission « Technologies de l’Information et de la Communication » à la Ville de Rennes, Hugues Aubin est un expérimentateur, un « innoventeur », un véritable érudit du web. Son crédo : mettre un « e- » devant « service public ».
Web Patron! est allé à la rencontre de ce geek de la première heure, voué à la collectivité.
INTERVIEW HUGUES AUBIN, CHARGE DE MISSION TIC, VILLE DE RENNES
(WP!) Quelle est votre mission?
Par exemple, le fait de faire des expérimentations mobiles sur bluetooth (ndlr : le bluetooth est disponible sur la plupart des téléphones portables actuels), permet d’apporter de la gratuité aux usagers. La gratuité, quelque soit la technologie, c’est un choix d’inclusion, c’est politique.(…)
Préserver le service public est particulièrement important à un moment de métissage, un moment où les relations réelles se tissent aussi avec les relations numériques. Vous ne trouvez pas aussi facilement du travail selon que vous disposez d’un accès internet ou pas, vous ne trouvez pas aussi facilement quelqu’un avec qui sortir selon que vous avez téléphone mobile ou pas, vous ne pouvez pas candidater à des filières d’études selon que vous avez un accès internet ou pas, etc. »
(WP!) Luttez-vous à armes égales avec le privé?
(H.A) « Notre problème est le suivant : si nous ne sommes pas présents en terme de service public de manière très aggressive et compétitive dans l’ecosystème numérique, on ne pourra pas garantir à ceux qui sont à coté du modèle économique des fournisseurs privés, les informations et le service.
Autrement dit, ce à quoi ils ont droit avec leurs impôts. Par exemple, avec un Iphone, si je mets beaucoup d’argent en terme de forfait, je sais où sont mes amis, je peux m’exprimer sur Twitter, connaître les porgrammes de cinéma, les tarifs de restaurants etc. Si je n’ai pas de forfait mobile et pas l’argent, j’ai accès à quoi?
Avec l’extension de ces usages, apparaît la nécessité de prolonger les services publics dans la sphère numérique. Pour cela, nous regardons ce que font Virgin ou Coca sur les flash mobs (ndlr : rassemblement éclair d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer des actions convenues d’avance), la BBC sur le 3D ou encore Eurodisney avec le bluetooth. Qu’est-ce qui justifie qu’on soit moins bons parce qu’on est une collectivité? Quand on regarde le budget et l’effectif, on a pas d’excuses pour être moins bons. On doit s’intégrer à cette dimension tout en restant fidèles à nous-mêmes. »
(WP!) Quelle est votre stratégie?
(H.A) « Casser les murs entre les acteurs pour collaborer. Favoriser le dialogue entre petites et grandes entreprises, universitaires et « innoventeurs », associations et collectifs, pour arriver à faire des projets ensemble et qui marchent. Favoriser aussi l’information ascendante, le volontariat.
Une de nos expérimentations en cours illustre ce potentiel : les généannoteurs. Des généalogistes amateurs franchissent régulièrement les portes des archives de Rennes pour chercher des registres de naissances, mariages, décès. Nous les avons mis à contribution pour mettre en ligne ces archives.
Nous avons ainsi monté une communauté expérimentale sur la base du volontariat. Chaque génnéanoteur prend un lot d’archives et va saisir les noms de telle page à telle page. 200,000 patronymes ont ainsi été intégrés à la base grâce à cette communauté qui compte moins de 200 personnes. On arrive à quelquechose qu’Amazon fait avec ses clients, en leur faisant attribuer une note aux livre, en utilisant leur temps de participation.
Dans le même esprit, nous préparons une encyclopédie collaborative locale, Wikirennes, sur le modèle de Wikibrest. Chaque citoyen pourra apporter sa contribution, sa vision de la ville. Autre initiative : la caravane des quartiers, actuellement à Maurepas où les habitants sont invités à découvrir un florilège d’outils expérimentaux.
Nous cherchons parallèlement à rendre visible la somme de ce qu’il se passe sur un territoire, ce que permettent les nouveaux outils de visualisation. Nous avons ainsi réalisé le »mur » de sms. Il s’agit d’un programme développé par l’association rennaise Bug qui permet de projeter sur une surface publique les sms de tous les gens qui les envoient à un même numéro de téléphone. Nous l’avons utilisé avec l’opéra de Rennes en octobre 2009, puis lors des Trans Musicales. 3,500 messages ont ainsi été envoyés en deux jours, et projetés publiquement sur une surface de 180 m2 à cette occasion.
L’idée est très proche du concept de Twitter. Mais Twitter ne concerne qu’un français sur 10,000 pour l’instant. Avec les sms, ont touche 80% des usagers de mobile. Aujourd’hui notre mur de sms intéresse des festivals sud-américains, canadiens, ou encore le forum Libération qui se tiendra à Rennes à la fin du mois. Sur le fond, il s’agit de détourner les usages des « branchés » vers le grand public. Et à bas coût : l’investissement est de 45 euros! »
Quelques réalisations numériques conduites par la ville de Rennes (vidéos).
Réseau social La Ruche
Le Netvibes de la ville de Rennes
Compte Twitter de la ville de Rennes
Site de Rennes ouvert aux commentaires
Beaux-Arts et réalité augmentée
Le Citywall
L’expérimentation BlueRennes
Concert : mix de réalité et de virtuel